Docalabordage a publié une critique de Houris par Kamel Daoud
Lecture laborieuse et sous-texte dérengeant
3 étoiles
Bon. C'est peut être moi, mais j'ai trouvé cette lecture laborieuse. L'auteur choisit de mettre en lumière le silence imposé par l'Etat algérien sur la guerre civile qui s'est déroulé dans ce pays dans les années 90. Pour cela nous suivons comme narratrice principale une survivante, miraculeusement rescapée d'un égorgement, qui l'a rendu presque muette. Elle devient une trace vivante de cette guerre qu'on essaye de faire disparaitre. Enceinte, c'est dans le monologue avec son foetus que nous suivons ces réflexions, sa vision de l'Algérie, et une espèce de road trip, pour revenir sur le lieu de son égorgement. Le choix de la fiction peut s'entendre, et nous permet de toucher du doigt l'horreur des massacres, qui pourrait rester clinique ou statistique dans un documentaire. Le parallèle entre le silence imposée à la société et celui à la narratrice est éclairant. Mais je garde une impression de confusion grandissante au fur et à mesure de l'avancé de l'intrigue, faite de changement de points de vues, de temporalité hachée...un peu comme la fin d'Apocalypse Now ! Alors c'est peut être le point de vue de la narratrice, qui est mal en point, mais ça rend vraiment la lecture désagréable et on finit par ne plus comprendre ce qui lui arrive. D'un point de vue très subjectif, j'ai l'impression que l'auteur souhaitait donner des gages à un certain public de lecteurs français. Les seuls personnages positifs sont une poignée de femmes, clientes ou employés du salon de coiffure de l'héroïne. Pour le reste, et c'est le cas de tous les hommes : des lâches, des bourreaux, des fous, des fanatiques, des hypocrites, des imbéciles...Même le pays est moche ! A l'exception d'une ou deux plages d'Oran au petit matin, avant que les algériens, sales et bruyants n'y arrivent bien entendu. Dans la catégorie grosse ficelle : la mère de l'héroïne est orpheline, abandonnée en juillet 1962 le jour de l'Indépendance algérienne à la porte d'une mosquée. Personne ne se soucie d'elle parmi les fidèles, mais sera recueillie par un couple d'infirmiers, et donc formés par la France. Vous avez compris la métaphore ? clin d'oeil Le sujet vaut le coup, l'écriture beaucoup moins et le sous-texte qui permet de dire à l'ancien colon de continuer à se sentir supérieur à ses algériens qui ont eu l'audace de se révolter a biaisé l'ensemble de ma lecture.