Antoine Chambert-Loir a noté La Terre demeure : 5 étoiles

La Terre demeure de George R. Stewart
[4e de couverture] « L’allumette vivait non pas quand elle était enfermée dans la boîte, mais seulement quand elle brûlait… …
Apprenti mathématicien, professeur à l'université Paris Cité Apprenti musicien (batterie, tablas) Apprenti lecteur (romans, essais, poésie… en français ou en anglais)
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[4e de couverture] « L’allumette vivait non pas quand elle était enfermée dans la boîte, mais seulement quand elle brûlait… …
« Les hommes passent, mais la Terre demeure. » Cette citation de l'Écclésiaste ouvre et terme ce livre qui raconte la fin de la civilisation actuelle à la suite d'une violente épidémie et comment le narrateur, un jeune biologiste universitaire, parvient à refonder une petite société (« la Tribu ») sur les ruines de notre civilisation. Bien qu'écrit en 1949, ce roman offre une résonance troublante avec les enjeux écologiques du monde contemporain.
Écrit par le romancier et scénariste de film David Mamet, un maître de l'histoire policière moderne, ce livre nous ramène au Chicago des années 20. Le personnage principal est un journaliste dont le travail et le cœur le feront s'approcher (un peu trop) près de gangsters qui sévissaient à l'époque. Irlandais ou siciliens, nous ne saurons qu'à la fin les raisons de ce drame. Les gangsters y sont à la fois omniprésents et invisibles. Lu en anglais, j'ai eu du mal à saisir certaines subtilités des dialogues pleins d'argot.
Ce qu'un tremblement de terre, le 6 mai 1976, fit à un village isolé du Frioul, dans le nord-est de l'Italie, et à ses habitants, décrit en une longue fresque de tableaux presque indépendants par la voix de sept d'entre eux que l'on retrouve tout au long du texte. La langue est parfois technique et ardue, parfois vive et familière, toujours poétique.
Voilà très longtemps que je n'avais lu de romans policiers. Il y a quelques bonnes idées ici, le livre commence plutôt bien, avec une scène terrible en Afrique, puis l'enlèvement d'un futur PDG de Total par une espèce de justicier climatique, mais beaucoup trop de clichés et une fin sans inspiration me donnent l'impression d'avoir perdu mon temps (pas trop non plus, ça se lit vite!). Cela dit, les passages imaginant le climat futur complètement dégradé (futur très proche, soyons lucides) sont redoutables, de même que le petit florilège de citations climatonégationnistes prononcées par divers PDG. Et il faut aller lire la plaque à la mémoire du glacier d'Arriel.
C'était un drôle de roman, comme je ne crois pas en avoir beaucoup lu. On se sent parfois mal à l'aise à écouter ces longues discussions intimes entre des personnages fracassés par leur histoire et on voudrait connaître malgré tout connaître la « fin ». Mais comme si l'auteur avait anticipé ce désir, comme s'il avait joué avec ce désir, comme s'il se jouait de nous, nous n'en saurons trop rien. Comme s'il voulait nous rappeler qu'il n'y qu'une seule issue et que d'ici là, ses personnages comme nous-mêmes, on se démerde comme on peut.