User Profile

Antoine Chambert-Loir

achambert-loir@bw.heraut.eu

Joined 10 months, 3 weeks ago

Apprenti mathématicien, professeur à l'université Paris Cité Apprenti musicien (batterie, tablas) Apprenti lecteur (romans, essais, poésie… en français ou en anglais)

Mastodon : antoinechambertloir@mathstodon.xyz

This link opens in a pop-up window

Antoine Chambert-Loir's books

To Read (View all 9)

Currently Reading

Giorgio Bassani: Le jardin des Finzi-Contini (Paperback, français language, 1975, Gallimard) 5 stars

Comme les nouvelles des Lunettes d’or, Le Jardin des Finzi-Contini peint la société provinciale italienne. …

Une tragédie moderne

5 stars

Si la 4e de couverture met en scène l'apparition de Micòl au narrateur, une scène lumineuse, tout le livre converge vers sa disparition, son refus de cette liaison amoureuse, et sa déportation et sa mort. Mais ça on le savait au tour début du livre, comme dans une tragédie grecque. Restait à apprendre comment, et laisser son cœur s'emplir peu à peu de nostalgie et de tristesse. Un livre magnifique où les émotions humaines ne dissimulent jamais leur ambiguïté.

Giorgio Bassani: Le jardin des Finzi-Contini (Paperback, français language, 1975, Gallimard) 5 stars

Comme les nouvelles des Lunettes d’or, Le Jardin des Finzi-Contini peint la société provinciale italienne. …

J'ai vu le film en ayant à peine commencé le livre. De fait, le film ignore la première partie du livre, et également son prologue. Mais surtout, il efface toute l'ambiguïté des relations entre ce groupe de jeunes, en particulier certain sous texte homosexuel qui me semble pourtant évident lorsque le narrateur découvre le studio d'Alberto Finzi-Contini. Et qu'Helmut Berger aurait sans difficulté pu rendre...

Giorgio Bassani: Le jardin des Finzi-Contini (Paperback, français language, 1975, Gallimard) 5 stars

Comme les nouvelles des Lunettes d’or, Le Jardin des Finzi-Contini peint la société provinciale italienne. …

« Combien d'années s'est-il écoulé depuis ce lointain après-midi de juin ? Plus de trente. Pourtant, si je ferme les yeux, Micòl Finzi-Contini est toujours là, accoudée au mur d'enceinte de son jardin, me regardant et me parlant. En 1929, elle n'était guère plus qu'une enfant, une fillette de treize ans maigre et blonde avec de grands yeux clairs, magnétiques. Et moi, j'étais un jeune garçon en culotte courte, très bourgeois et très vaniteux, qu'un petit ennui scolaire suffisait à jeter dans le désespoir le plus puéril. Nous nous regardions fixement l'un l'autre. Au-dessus d'elle, le ciel était bleu et compact, un ciel chaud et déjà estival, sans le moindre nuage. Rien ne pourrait le changer, ce ciel, et rien, effectivement, ne l'a changé, du moins dans le souvenir. »

Le jardin des Finzi-Contini by  (Page 76)

Ce beau passage qui marque l'arrivée de Micol dans le roman est repris en 4e de couverture. « Ce fut comme une apparition… »

Giorgio Bassani: Le jardin des Finzi-Contini (Paperback, français language, 1975, Gallimard) 5 stars

Comme les nouvelles des Lunettes d’or, Le Jardin des Finzi-Contini peint la société provinciale italienne. …

Un livre tombeau, disent les critiques. J'achète ce livre un peu par hasard, parce que j'ai vu le film passer sur Arte, parce que la thématique était clairement la montée en puissance du fascisme dans l'Italie des années 30. Et puis je vois que le thème est plus fin encore, comment la bourgeoisie juive de Ferrare a ignoré cette montée en puissance, parce que ce n'était pas si pire, jusqu'à sa propre perte. Le prologue est glaçant. L'arrivée de Micol dans le roman apporte une lumière que le film rend plutôt bien même si chez de Sica, le jeu de Dominique Sanda donne à Micol un côté un peu futile.

Leonardo Sciascia, Mario Fusco: La disparition de Majorana (Paperback, 2012, Allia) No rating

« Les morts se retrouvent ; seuls les vivants peuvent disparaître. » Leonardo Sciascia.

Un drôle de récit que cette Disparition de Majorana. Le texte est très bien écrit, mais les enjeux étranges, on voudrait qu'elle fût liée à un refus du physicien de « toucher » à l'arme atomique, mais ce n'est pas vraiment dit non plus, et la controverse qui a suivi la publication de ce récit voudrait démontrer le contraire. Et puis quelqu'un qui déciderait, comme ça, de quitter le monde des vivants sans pour autant rejoindre celui des morts, c'est assez inquiétant ; parce que c'est une décision qui doit être maintenue longtemps (ad vitam…).

Anna Kavan: Neige (français language, 2013, Cambourakis) No rating

Quelque chose en elle appelait la tyrannie et la terreur, et elle corrompait mes rêves, …

Alors que le monde meurt sous une implacable vague de glace, apparemment provoquée par une guerre nucléaire, un homme poursuit une femme qu'il avait connue auparavant. Le livre frappe par le caractère absurde de la quête, et l'anonymat universel qui le traverse. Rien n'a de nom, ni les gens, ni les villes, ni les pays.

Karin Boye: Kallocaïne (Moutons électriques) No rating

Un roman dystopique glaçant. On pense à 1984, mais il a été écrit presque 10 ans plus tôt, et par une femme.

Dans un monde où plus rien nevoys appartient, un chimiste découvre une espèce de sérum de vérité par lequel même vos pensées seront criminelles. L'occasion de régler des comptes ? C'est sans compter, peut-être, les angoisses intimes que le régime totalitaire de l'État mondial n'a pu abolir totalement.

Cécile Wasjbrot: Destruction (Paperback, Le bruit du temps) No rating

Une femme qui a consacré sa vie à lire ou à écrire se trouve soudain …

J'avais acheté ce livre il y a quelques années. Le hasard du calendrier faut que je ne l'ai commencé que dimanche dernier, au soir de cette dissolution surprise, pour le finir maintenant. Métaphore d'une semaine où le paysage politique français semble s'être bouleversé.

Semaine après semaine, une femme, écrivaine, confie à un inconnu ses impressions, ses émotions, alors qu'une dictature fascisante a pris le pouvoir.

Le titre du roman, Destruction, désigne les destructions matérielles auxquelles se livre le nouveau pouvoir, en particulier ces bâtiments anciens, rasés un à un. Les disparitions inexpliquées. Mais aussi la suppression de tout signe du passé, au nom d'un impératif de bonheur. Et la suppression glaçante de toute dialogue. C'est-à-dire qu'excepté ce « blog sonore », plus personne ne se parle dans ce livre, ou presque.

C'est un roman dominé par une écrasante solitude, y compris dans les rares interactions humaines qu'il décrit, jusque dans …

avatar for achambert-loir Antoine Chambert-Loir boosted
Cécile Wasjbrot: Destruction (Paperback, Le bruit du temps) No rating

Une femme qui a consacré sa vie à lire ou à écrire se trouve soudain …

— Pourtant j'avais signé des pétitions, j'avais demandé la fin des bombardements, le début des négociations, la fin du racisme, le début de l'entente entre les peuples, la fin de la prolifération nucléaire. —Pourtant j'avais manifesté contre la dégradation des conditions de vie, contre la pollution grandissante, contre le harcèlement au travail. — Pourtant j'avais demandé la reconnaissance de certains pays, la rupture diplomatique avec d'autres, l'accueil des réfugiés. — Il suffisait d'un clic sur mon ordinateur. — Pour — quelle toute-puissance... — Contribuer à changer le monde. — Nous étions vigilants. — Nous avions protesté. — Nous avions appris. — Pensons-nous... — La connaissance de l'histoire. — Les leçons tirées du passé... — Mais rien de ce que j'espérais n'est arrivé. — La situation s'est tendue à l'extrême. — Les parties se sont opposéed. — Irréconciliables. — Les évènements ne se répètent pas. — Ou plutôt, leur forme change, si bien qu'on ne les reconnaît pas. — Ou plutôt, on les reconnaît — une fois qu'il est trop tard.

Destruction by  (Page 36)

Cécile Wasjbrot: Destruction (Paperback, Le bruit du temps) No rating

Une femme qui a consacré sa vie à lire ou à écrire se trouve soudain …

— Pourtant j'avais signé des pétitions, j'avais demandé la fin des bombardements, le début des négociations, la fin du racisme, le début de l'entente entre les peuples, la fin de la prolifération nucléaire. —Pourtant j'avais manifesté contre la dégradation des conditions de vie, contre la pollution grandissante, contre le harcèlement au travail. — Pourtant j'avais demandé la reconnaissance de certains pays, la rupture diplomatique avec d'autres, l'accueil des réfugiés. — Il suffisait d'un clic sur mon ordinateur. — Pour — quelle toute-puissance... — Contribuer à changer le monde. — Nous étions vigilants. — Nous avions protesté. — Nous avions appris. — Pensons-nous... — La connaissance de l'histoire. — Les leçons tirées du passé... — Mais rien de ce que j'espérais n'est arrivé. — La situation s'est tendue à l'extrême. — Les parties se sont opposéed. — Irréconciliables. — Les évènements ne se répètent pas. — Ou plutôt, leur forme change, si bien qu'on ne les reconnaît pas. — Ou plutôt, on les reconnaît — une fois qu'il est trop tard.

Destruction by  (Page 36)

Steven Levitsky, Daniel Ziblatt: How Democracies Die (2019) 4 stars

Un livre important qui décrit l'effondrement d'un certain nombre de démocraties en Europe et Amérique du sud. Écrit au début de la présidence de Trump, l'enjeu était explicitement de prévenir une issue similaire. L'élection de Biden indique que cette perspective sombre n'a pas eu lieu. Malheureusement, la situation en 2024 suggère que le match retour se prépare, qu'il se joue déjà dans de nombreux États, et sans fair play. Écrit en 2018, ces aspects se devinent dans le livre (notamment parce que les auteurs montrent que la polarisation extrême du Parti républicain date plutôt de 1965 que de Trump, avec une accélération depuis les années 1980 et Reagan) y compris le refus de l'élection de 2020 (ils contestaient déjà l'éventualité d'un échec en 2016), mais l'obstination du GOP nous laisse désemparés.