Nicolas Fressengeas a commenté Le mage du Kremlin par Giuliano da Empoli
La rubrique "À lire" de #bookwyrm a servi de wishlist de Noël, et Le mage du Kremlin à atterri sous le sapin.
Entre catalyseur de savoirs, passeur de compétences et ouvreur scientifique, j'aspire à l'exploration littéraire des futurs possibles, sans totalement exclure l'exploration future de possibles littéraires.
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La rubrique "À lire" de #bookwyrm a servi de wishlist de Noël, et Le mage du Kremlin à atterri sous le sapin.
Découvert en discutant science-fiction avec Evelyne, de La Petite Librairie de Ars-sur-Moselle. La thématique actuellement en vogue de l'IA... mais c'est une réédition de 2009. Dans la lignée du Neuromancien ? Ou de Matrix ?
Le début d'une trilogie en tous les cas.
C'est dans le titre ! Upgrade est un très bon Marvel. Tout y est : - Le gentil et la méchante, que tout rapproche, mais que tout oppose, tous deux dotés de super-pouvoirs. - Le monde est sauvé par le gentil face aux intentions de la méchante. - Une technologie nouvelle, source des super-pouvoirs, mais dont l'usage est détourné par la méchante (inconsciente qu'elle est !). - Le happy-end. - Et même la séquence post-générique, pour faire réfléchir.
Même sentiment ambivalent, donc, que devant un bon Marvel. La portée philosophie de l'œuvre n'est clairement pas le but. Ce n'est pas de la science-fiction non plus, tant la science est maltraitée. Ce n'est pas vraiment du fantastique. En résumé : c'est une histoire de supers-héros, comme on les aime ! Car oui, Upgrade fait passer un excellent moment, et se laisse difficilement mettre de côté.
Et si l'on veut trouver une …
C'est dans le titre ! Upgrade est un très bon Marvel. Tout y est : - Le gentil et la méchante, que tout rapproche, mais que tout oppose, tous deux dotés de super-pouvoirs. - Le monde est sauvé par le gentil face aux intentions de la méchante. - Une technologie nouvelle, source des super-pouvoirs, mais dont l'usage est détourné par la méchante (inconsciente qu'elle est !). - Le happy-end. - Et même la séquence post-générique, pour faire réfléchir.
Même sentiment ambivalent, donc, que devant un bon Marvel. La portée philosophie de l'œuvre n'est clairement pas le but. Ce n'est pas de la science-fiction non plus, tant la science est maltraitée. Ce n'est pas vraiment du fantastique. En résumé : c'est une histoire de supers-héros, comme on les aime ! Car oui, Upgrade fait passer un excellent moment, et se laisse difficilement mettre de côté.
Et si l'on veut trouver une morale à cette histoire (sans révélations malencontreuses), il suffit d'écouter Spiderman : un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
“I'm sorry Dave, I'm afraid I can't do that" Je regrette, Dave. Cela m'est malheureusement impossible.
HAL, 2001 Odyssée de l'espace.
Voilà tout de suite le passage de l'œuvre d'Arthur C. Clarke, et du film de Stanley Kubrick, qui vient à l'esprit une fois la lecture d'Alfie achevée.
Son thème n'est certes pas celui d'un voyage vers Jupiter : le vaisseau spatial est remplacé par un pavillon de banlieue, et HAL, l'ordinateur central et pilote du vaisseau, par Alfie, assistant domotique intégré. Imaginez l'Odyssée de Clarke racontée depuis le point de vue de HAL. C'est ici Alfie qui narre, de son point de vue, les événements qui arrivent au sein d'une famille a priori très banale au sein d'un pavillon de banlieue.
Le roman démarre donc naturellement par la séquence d'initialisation de l'algorithme d'intelligence artificielle. C'est ainsi qu'Alfie découvre, en ce tout début de roman, la famille dans …
“I'm sorry Dave, I'm afraid I can't do that" Je regrette, Dave. Cela m'est malheureusement impossible.
HAL, 2001 Odyssée de l'espace.
Voilà tout de suite le passage de l'œuvre d'Arthur C. Clarke, et du film de Stanley Kubrick, qui vient à l'esprit une fois la lecture d'Alfie achevée.
Son thème n'est certes pas celui d'un voyage vers Jupiter : le vaisseau spatial est remplacé par un pavillon de banlieue, et HAL, l'ordinateur central et pilote du vaisseau, par Alfie, assistant domotique intégré. Imaginez l'Odyssée de Clarke racontée depuis le point de vue de HAL. C'est ici Alfie qui narre, de son point de vue, les événements qui arrivent au sein d'une famille a priori très banale au sein d'un pavillon de banlieue.
Le roman démarre donc naturellement par la séquence d'initialisation de l'algorithme d'intelligence artificielle. C'est ainsi qu'Alfie découvre, en ce tout début de roman, la famille dans laquelle il vient d'être allumé, la famille qui a choisi d'installer chez elle un assistant domotique généraliste. Alfie est doué d'ubiquité : des caméras, microphones et hauts-parleur ont été installés pour lui dans chacune des pièces de la maison — ou presque. Il est naturellement également relié à l'extérieur par Internet sans restrictions aucunes, mais avec une nette préférence pour un écosystème numérique fermé propriétaire construit autour de lui — un peu (beaucoup) à la manière de Microsoft et surtout d'Apple.
Et, petit à petit, les choses se détraquent : la famille modèle habitant un pavillon de banlieue révèle des incohérences de comportement. Et Alfie tente de comprendre…
Malgré un début un peu perturbant — il n'est pas courant de voir le monde par les yeux d'une IA enfermée dans son processeur — Alphie se laisse lire très facilement, via une rythmique impeccable servie par un style non moins dynamique. Une lecture donc parfaitement sympathique et divertissante : un page turner efficace.
Peut-être ce moi, peut-être est-ce mon attente, peut-être est-ce la comparaison inconsciente avec Clarke : j'ai néanmoins été un peu déçu. J'avoue m'être attendu à une dystopie dans laquelle l'humanité est envahie d'assistants domotiques artificiels doués d'ubiquité, ou au moins à un ouvrage que l'on pourrait qualifier de science-fiction. C'est à peine le cas. C'est un peu dommage : la thématique choisie aurait été propice à un approfondissement supplémentaire, par exemple en explorant les conséquences de l'écosystème numérique fermé esquissé, voire en faisant interagir entre eux plusieurs Alfies.
Un ouvrage, donc, qui n'emmène pas son lecteur sur Jupiter, mais qui permet de passer un excellent moment sur notre bonne vielle planète.
Merci @luc@bw.fiat-tux.fr
Je suis Administrateur des Données, des Algorithmes et des Codes sources (ADAC) de mon établissement... et ce livre trainait encore dans ma bibliothèque, sans avoir été ouvert.
Mauvaise idée.
Il faut cependant dire que son titre ne me laissait pas penser qu'il serait aussi divertissant qu'un roman. La lecture de l'avant-propos est pourtant de bon augure !
Quelle est la raison qui m'a décidé à me pencher dessus plus sérieusement ? L'augmentation récente et importante des sollicitations au sein de mon établissement en matière de propriété intellectuelle relative aux données issues de la recherche.
Les collègues prennent conscience de leur valeur ! Et c'est plutôt une bonne nouvelle.
Bikepunk, donc. Autant préciser d'emblée que la simple évocation du titre et de la thématique, entre maîtrise du vélo et dépendance technologique, ont immédiatement coché toutes mes cases littéraires et au-delà. Inconditionnel de l'œuvre avant même de l'avoir lue au point de manifester mon intérêt pour ses produits dérivés — t-shirts et polo —, j'en écris maintenant une chronique qui peut être influencée par cet a priori des plus favorables, essentiellement du fait d'une thématique largement au cœur de mes préoccupations majeures, personnelles comme professionnelles.
Et pourtant, Bikepunk m'a surpris. Je connaissais, les écrits de Ploum, du Stagiaire à Printeurs, et me targue immodestement de connaître l'univers littéraire de la science-fiction. Je peux l'écrire, désormais : j'ai beaucoup aimé les œuvres précédentes de Ploum, sans néanmoins pouvoir me départir de l'impression d'une maturation quelque peu inaboutie. Puis, ce fut Bikepunk. Ce roman montre sans conteste possible l'évolution …
Bikepunk, donc. Autant préciser d'emblée que la simple évocation du titre et de la thématique, entre maîtrise du vélo et dépendance technologique, ont immédiatement coché toutes mes cases littéraires et au-delà. Inconditionnel de l'œuvre avant même de l'avoir lue au point de manifester mon intérêt pour ses produits dérivés — t-shirts et polo —, j'en écris maintenant une chronique qui peut être influencée par cet a priori des plus favorables, essentiellement du fait d'une thématique largement au cœur de mes préoccupations majeures, personnelles comme professionnelles.
Et pourtant, Bikepunk m'a surpris. Je connaissais, les écrits de Ploum, du Stagiaire à Printeurs, et me targue immodestement de connaître l'univers littéraire de la science-fiction. Je peux l'écrire, désormais : j'ai beaucoup aimé les œuvres précédentes de Ploum, sans néanmoins pouvoir me départir de l'impression d'une maturation quelque peu inaboutie. Puis, ce fut Bikepunk. Ce roman montre sans conteste possible l'évolution du talent de Ploum vers une œuvre achevée, vers un ouvrage touchant au tout meilleur de la science-fiction telle que je l'apprécie : à la fois thriller divertissant et conte philosophique porteur d'une vérité crue.
Le tout meilleur par son thème. Une préoccupation majeure aujourd'hui, entre dépendances énergétique et technologique, que je découvre pour la première fois exposée par la fiction, à travers les pérégrinations cyclistes de Gaïa et Thy dans un monde post apocalyptique, sous une plume ciselée.
La technologie a causé la perte de l'humanité. Le vélo est une technologie. Les cyclistes sont haïs. Sommée de mettre son utérus à disposition de la communauté lors de sa puberté, Gaïa rejoint le cycliste paria Thy, et tous deux s'enfuient. C'est en traversant ou rejoignant d'autres communautés à travers les ruines d'une civilisation perdue qu'ils trouveront des réponses à des questions qu'ils ne s'étaient pas posées.
Bikepunk est un ouvrage précieux, car il aborde la thématique essentielle de l'envahissement technologique auquel nous sommes aujourd'hui confrontés, avec son cortège d'insidieuses de dépendances et de menaces sur les fondements mêmes de nos démocraties et du climat de notre planète. Et pourtant, contrairement à la plupart des articles et des essais sur le sujet, Bikepunk est joyeux. C'est un roman enlevé, un page turner en bon français, un roman qui ne vous lâche pas. Mais c'est aussi, toujours en bon français, un feel good book, une science-fiction post apocalyptique joyeuse, qui n'est pas sans rappeler La Route, le chef-d'œuvre de Cormac McCarthy, dont Bikepunk prend le contre-pied émotionnel tout en en partageant les paysages. Précieux, donc, pour porter ces thématiques difficiles et essentielles auprès d'un public autrement hors de portée.
Vous avez compris. J'ai adoré Bikepunk. Cela fait bien longtemps que je ne m'étais pas plongé dans un livre de cette qualité. Merci Ploum, et bravo. Merci aussi à Bruno Leyval, illustrateur, et à PVH éditions, pour la qualité de l'objet livre lui-même.
Pour conclure cette critique, dithyrambique, je le crains, il me faut absolument vous donner quelques extraits des chroniques du flash, garanties sans informations susceptibles de perturber le plaisir de la lecture de Bikepunk. La dernière est ma préférée.
Page 12
Mais sans les routes lisses et parfaites nécessaires aux voitures, il n'était pas possible de créer les premiers vélos. Sans les pneumatiques conçus pour absorber les vibrations d'une tonne de métal en mouvement, il n'aurait pas été imaginable d'inventer le VTT. En ce sens, le vélo représente "la voiture nouvelle génération", le descendant direct de l'automobile.
Page 21
Toute technologie vient avec son questionnement : en sommes-nous le maître ou l'esclave ? Est-ce un progrès ou un affaiblissement ?
Page 63
Avec l'avion, le train et la voiture, l'humanité avait inventé la téléportation. Elle ne se déplaçait plus que d'un aéroport à une gare ou à une sortie d'autoroute. Les paysages n'étaient plus que des décors vaguement pittoresques aperçus depuis les abords de stations d'essence toutes identiques.
Le piéton devint une espèce réduite à se déplacer vers ou depuis une place de parking. Marcher un kilomètre entre deux points n'était même plus envisageable tant le territoire entre les routes semblait inconnu, hostile.
Page 201
Un sac sur le dos ou sur la selle, les humains s'aventuraient parfois hors des villes. Pour quelques heures ou quelques jours, les immeubles laissaient la place aux arbres, le chant des oiseaux remplaçait le bruit des voitures. La solitude des paysages se substituait aux conversations incessantes.
Malgré l'épuisement la saleté et la puanteur un énorme sourire traversait le visage de celleux qui rentraient chez iels les muscles douloureux et le corps couvert d'écorchures.
"Rien", répondaient-iels à celleux qui leur demandaient quel équipement moderne connecté leur avait le plus manqué durant l'expédition. À la question "Alors, c'était bien?", la langue se trouvait démunie pour répondre autrement que par un regard lointain.
Un regard qui se portait déjà sur la prochaine aventure.
Page 219
Nous croyions échanger entre humains, mais nous ne faisions qu'envoyer nos correspondances à des algorithmes automatiques qui les agrégeaient pour ensuite produire du contenu idéal, affichant sur nos écrans les messages ayant la plus grande probabilité d'accroître notre consommation.
Incapables de communiquer sans algorithmes interposés, les humains étaient prisonniers, condamnés à l'abrutissement solitaire.
Une minorité s'en rendit compte et décida de lutter. Ses membres tentèrent, pour la millième fois de l'histoire, de réinventer la communication entre humains, de nous avertir.
Personne ne les entendit. Personne ne les remarqua. Leurs messages n'avaient, après tout, qu'une trop faible probabilité d'augmenter notre consommation.
Lecture suggérée par @mediapart@mediapart.social. Mais je vais me laisser tenter par la version française.
#Bookwyrm a gagné : après hésitations, je le mets dans la liste "À lire", qui ne cesse de s'alonger.
Surpris. Ce livre m'a surpris. Non, ce n'est pas une dystopie, enfin pas vraiment. Ce n'est pas non plus réellement de la science-fiction, ou peut-être un peu quand même. Qu'est-ce donc alors ? Où ranger ce livre ? Je ne peux le révéler, sous peine d'amputer le plaisir de la lecture.
Mais quelle écriture enlevée ! Le style perturbe un peu, au départ, car le narrateur est une intelligence artificielle, prénommée Alfie, donc. Une IA orientée domotique, dont la fonction est d'accompagner une famille au quotidien.
Omnisciente, dotée d'ubiquité au sein du domicile, connectée numériquement au reste du monde, le tout au sein d'un écosystème propriétaire commercial qui ferait pâlir Apple et Microsoft.
Elle est là. Elle observe. Elle raconte. Elle apprend à connaître sa famille... et l'humanité.
Et elle manipule.
Un livre difficile à mettre de côté une fois entamé.
D'une dystopie à l'autre, il va falloir me rendre à l'évidence : c'est un style que j'affectionne particulièrement. Ce sont en effet souvent des réflexions sur nous-mêmes, à la fois intelligentes et distrayantes.
Ici, l'IA vue de l'intérieur.
Les premières pages semblent cependant montrer que le lecteur risque d'être emmené un peu plus loin qu'annoncé...
Serait-ce l'influence de ma lecture précédente ? J'ai l'impression de commencer le préquel de #bikepunk.
C'est parti. Gardons bras et jambes à l'intérieur.