Ameimse a terminé la lecture de Protocole solitude par Joanna Russ

Protocole solitude de Joanna Russ
Après un mystérieux accident, huit voyageurs interstellaires – quatre femmes, trois hommes et une enfant – se retrouvent parachutés sur …
Amatrice de littératures de l'imaginaire (science-fiction, fantasy, fantastique). Lit principalement en VF, parfois en VO anglophone.
Sur mastodon, je suis par là : ameimse@sciences.re
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Après un mystérieux accident, huit voyageurs interstellaires – quatre femmes, trois hommes et une enfant – se retrouvent parachutés sur …
@Crapounifon@bookwyrm.social Merci pour la référence à Adorée Floupette, Les affaires du club de la rue de Rome ; janvier-août 1891. Cela m'intéresse en effet !
@Crapounifon@bookwyrm.social Contente que le livre t'ait plu ! À propos d'Hildegarde, je ne sais pas si tu l'as déjà lu, mais toujours chez La Volte, dans un tout autre genre qu'Agrapha, Léo Henry lui a consacré il y a quelques années un roman qui est une expérimentation littéraire riche et assez fascinante (dans un autre registre) : lavolte.net/products/hildegarde-1 Sinon, pour prolonger Agrapha, à noter que Mushin & luvan ont mis en ligne le mois dernier une création sonore, Agraphon. Une vingtaine de minutes dans une ambiance qui fait écho à Agrapha : phauneradio.bandcamp.com/album/agraphon (J'ai pris plaisir à l'écouter)
On comprend l'autrice quand elle découvre ces textes d'une communauté de femmes du X ème siècle installée en forêt bretonne. Traductrice et historienne de formation, il y avait matière pour cette polymathe.
En entrées, un contexte historique et des témoignages notamment sur la condition des femmes et leur rapport à la nature. Ensuite des textes des différentes moniales, chacune avec ses variantes de latin, de celte, de franque et même de grec. Et surtout une poésie d'autant plus belle qu'elle n'en est pas, journaux des membres de cette communauté.
En sortie, l'autrice qui, d'une part, traduit ces textes en faisant des choix étonnants qu'elle explique. Des choix de non traduction, de genre, mais qui ne sont rapidement plus rebutants car ils renforcent la musicalité et la poésie.
Enfin il y a ce dont on ne peut parler (aphona) ni écrire (agrapha). Un mystère qui évoque une hérésie, du paganisme, sorcellerie …
On comprend l'autrice quand elle découvre ces textes d'une communauté de femmes du X ème siècle installée en forêt bretonne. Traductrice et historienne de formation, il y avait matière pour cette polymathe.
En entrées, un contexte historique et des témoignages notamment sur la condition des femmes et leur rapport à la nature. Ensuite des textes des différentes moniales, chacune avec ses variantes de latin, de celte, de franque et même de grec. Et surtout une poésie d'autant plus belle qu'elle n'en est pas, journaux des membres de cette communauté.
En sortie, l'autrice qui, d'une part, traduit ces textes en faisant des choix étonnants qu'elle explique. Des choix de non traduction, de genre, mais qui ne sont rapidement plus rebutants car ils renforcent la musicalité et la poésie.
Enfin il y a ce dont on ne peut parler (aphona) ni écrire (agrapha). Un mystère qui évoque une hérésie, du paganisme, sorcellerie ou « druidisme », mais aussi quelque chose qu'on ne peut communiquer, transmettre, d'ineffable.
Contre cette liberté de ton, ce mystère, les curés, d'alors et postérieurs, ne pouvaient que mettre sous le boisseau ces textes.
Cette communauté a commencé par... une ermite, la doyenne, la plus lettrée. Elle a accueilli ensuite plusieurs femmes, dont une noble et son esclave qui y seront sur un pied d'égalité.
Une sororité au départ dans la promiscuité d'une grotte, proximité entre elles et avec la nature. Certains passages sont imprégnés de sensualité et d'érotisme.
Cela pourrait évoquer les fadaises du « féminin sacré » mais outre que ce serait anachronique ce serait abaisser ces textes aux bas horizons actuels.
Ainsi s'établit une communauté improvisée sans l'autorité tutélaire d'un prêtre comme cela devrait, au moins au XIIème. Le pouvoir de l'Eglise et le féodalisme se raffermissent. Cela évoque plus sérieusement Hildegarde von Bingen, qui, elle aussi, fonda une communauté, dont l'autorité tutélaire masculine fût formelle. Et certains émettent l'hypothèse que ses remèdes végétaux (eux aussi récupérés par le new age) seraient, au moins inspirés sinon plus, par la communauté de ce livre. Ce qui nous amène à Trotula de Salerne, femme-médecin italienne. Et enfin Christine de Pizan et sa Cité des Dames, ici évoquée, utopie d'un siècle précédent celle de More. Et dont le sort des femmes est éminemment plus enviable dans la première.
Il y a plusieurs parties :
- la traduction des textes
- leur exégèse, un glossaire et les explications sur les choix de traductionsl
- l'auteur racontant son séjour près du lieu présumé de la communauté Adsagsonae Fons. C'est parfois dispensable mais cela renforce le contraste avec la dernière partie
- puis une dernière partie hallucinante dans laquelle la mise en abyme se transforme en voyage temporelle, expérience mystique et télépathique.
A priori peu féru de ce genre, c'était ici captivant, luvan réussissant à transcrire l'expérience.
Grotte, faille temporelle, on pourra penser à l'excellente série allemande Dark. Ici le fantastique est au service de l'écriture devenant une expérience en soi. Une très bonne surprise dont je remercie @Ameimse@bw.heraut.eu d'avoir parler ici.
Je fais un peu les choses à l'envers avec l'oeuvre de Joanna Russ. J'ai en effet lu ces dernières semaines "L'exoplanète féministe de Joanna Russ", publiée chez Cambourakis. Une plongée dans les archives de cette autrice états-unienne, sélectionnées et traducties par Charlotte Houette et Clara Pacotte, qui propose un livre hybride, à naviguer entre cartes postales humoristiques, courts essais, piques sarcastiques bien aiguisées et correspondances (notamment un échange passionnant et touchant sur l'écriture avec Dorothy Allison à propos de "Peau"). Ca a été l'occasion de mieux découvrir une autrice que je connaissais seulement de nom. Je me suis donc dit que c'était l'occasion de poursuivre en découvrant un de ses romans de science-fiction. Plusieurs ont été traduits récemment en français, et notamment, toujours chez Cambourakis, "Protocole solitude". Initialement publié en 1977 aux Etats-Unis et traduit l'an dernier en français. Ce n'est pas forcément le type de roman que j'ai l'habitude …
Je fais un peu les choses à l'envers avec l'oeuvre de Joanna Russ. J'ai en effet lu ces dernières semaines "L'exoplanète féministe de Joanna Russ", publiée chez Cambourakis. Une plongée dans les archives de cette autrice états-unienne, sélectionnées et traducties par Charlotte Houette et Clara Pacotte, qui propose un livre hybride, à naviguer entre cartes postales humoristiques, courts essais, piques sarcastiques bien aiguisées et correspondances (notamment un échange passionnant et touchant sur l'écriture avec Dorothy Allison à propos de "Peau"). Ca a été l'occasion de mieux découvrir une autrice que je connaissais seulement de nom. Je me suis donc dit que c'était l'occasion de poursuivre en découvrant un de ses romans de science-fiction. Plusieurs ont été traduits récemment en français, et notamment, toujours chez Cambourakis, "Protocole solitude". Initialement publié en 1977 aux Etats-Unis et traduit l'an dernier en français. Ce n'est pas forcément le type de roman que j'ai l'habitude de lire, mais je suis curieuse de voir comment se déploie la plume mordante et acérée entraperçue dans "L'exoplanète féministe de Joanna Russ" dans une oeuvre de fiction !
Les vies n’ont pas de sens en fait, elles vont et viennent souvent comme des tsunamis, avec le même fracas, et elles drainent des débris qui croupissent dans ta tête comme autant de reliques, qui te semblent des trésors et ne tiennent pas la position. Quelle nécropole de sensations !… ces battements de cœur dont il ne reste rien… ces sourires attestés par une simple ride… à quoi servent ces gens que l’on rencontre, et qui passent, et qui passent, et s’effacent ?… et pourquoi oublier ceux qu’il serait agréable de ne pas oublier, ces êtres de cœur à votre image, et qui s’éloignent de vous… zombis fugaces, comment vous accorer ?
— Texaco de Patrick Chamoiseau (78%)
"Hexa" est le premier roman que je lis de l'autrice québécoise Gabrielle Filteau-Chiba, notamment invitée dans La Terre au Carré en début d'année (www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/l-invite-au-carre-5740266), qui en a déjà plusieurs à son actif.
L'histoire se déroule dans un futur post-effondrement étatique suite aux destructions environnementales et aux bouleversements climatiques qui ont eu lieu. Dans un tel cadre, "Hexa" suit quelques protagonistes dans un récit qui s'articule autour de deux parties aux temporalités différentes. La première suit le point de vue d'une adolescente, formatée par une vie dans une cité recluse où la survie repose sur un régime de contrôle et de propagande aux accents totalitaires : elle va découvrir, dans le grand nord canadien, un nouvel horizon et une autre façon de concevoir la vie au sein d'une communauté de femmes qui replantent des arbres et tentent de redonner vie à des terres détruites par l'exploitation humaine passée. La …
"Hexa" est le premier roman que je lis de l'autrice québécoise Gabrielle Filteau-Chiba, notamment invitée dans La Terre au Carré en début d'année (www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-terre-au-carre/l-invite-au-carre-5740266), qui en a déjà plusieurs à son actif.
L'histoire se déroule dans un futur post-effondrement étatique suite aux destructions environnementales et aux bouleversements climatiques qui ont eu lieu. Dans un tel cadre, "Hexa" suit quelques protagonistes dans un récit qui s'articule autour de deux parties aux temporalités différentes. La première suit le point de vue d'une adolescente, formatée par une vie dans une cité recluse où la survie repose sur un régime de contrôle et de propagande aux accents totalitaires : elle va découvrir, dans le grand nord canadien, un nouvel horizon et une autre façon de concevoir la vie au sein d'une communauté de femmes qui replantent des arbres et tentent de redonner vie à des terres détruites par l'exploitation humaine passée. La seconde partie replace ce processus d'émancipation individuelle dans un contexte et des enjeux plus larges : en effet, cette libération que vit Thalie repose et s'imbrique dans les épreuves et les choix faits par ses parents, et c'est leur trajectoire - tout particulièrement celle de sa mère - qui est alors retracée jusqu'à ce que les temporalités des deux récits se rejoignent à la fin.
Hexa est un vibrant récit d'émancipation, individuelle et collective, adoptant une perspective écoféministe revendiquée. C'est une histoire de libération humaine résolument placée sous le signe de la sororité, au sein de laquelle est tentée la (re)construction d'un autre rapport au vivant et de cohabitation entre humain·es et non humain·es. J'ai particulièrement aimé comment, au-delà des thématiques traitées, l'écriture m'a semblé embrasser de façon formelle cette dimension écoféministe, avec une prose vivante, expressive et imagée, dans laquelle les descriptions de cette nature marquée par les exploitations humaines passées occupent une place à part entière dans le récit. Quant à la construction narrative en deux temps, j'ai trouvé que le choix narratif conférait une dimension supplémentaire à l'histoire, apportant une épaisseur et un recul bienvenus : le basculement entre les deux parties a été un vrai déclic dans ma lecture.
Au final, 'Hexa' est donc pour moi une première rencontre réussie avec les romans de Gabrielle Filteau-Chiba (outre la dimension littéraire, c'était une vraie interrogation a priori pour moi par rapport à la posture écoféministe de l'autrice, car je ne suis pas convaincue par certaines formes d'essentialisation qu'on retrouve chez certains mouvements écoféministes).
Thalie, 16 ans, vit avec ses parents, Gabriel et Sandrine, dans la Cité de Sainte-Foy au Québec. Nul n’a le …
« Attention : À la guerre Comme en temps de paix, L’égoïsme aveugle Fait plus de victimes Que tous les autres fléaux. »
Cimqa est le premier roman d'Auriane Velten que je lis, et j'espère avoir l'occasion de lire bien d'autres écrits de cette autrice dont je vais désormais surveiller les publications.
En effet, Cimqa est un livre qui m'a marquée pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, l'autrice exploite habilement un concept de départ de science-fiction pour proposer une magnifique ode à l'imaginaire et à l'art, en nous immergeant dans toutes les complexités -et les difficultés- des processus créatifs. Ce pan de l'histoire est l'occasion de réfléchir sur les compromis qu'il est possible d'accepter en tant que créatrice, mais aussi sur les lignes que l'on peut être amenée à (re)tracer. À sa façon, Cimqa offre un récit d'empowerment à travers les destins racontés en parallèle de deux protagonistes, une enfant qui devient adolescente puis jeune adulte, et une femme adulte de 50 ans : sur ce dernier point, j'ai particulièrement apprécié combien l'histoire allait …
Cimqa est le premier roman d'Auriane Velten que je lis, et j'espère avoir l'occasion de lire bien d'autres écrits de cette autrice dont je vais désormais surveiller les publications.
En effet, Cimqa est un livre qui m'a marquée pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, l'autrice exploite habilement un concept de départ de science-fiction pour proposer une magnifique ode à l'imaginaire et à l'art, en nous immergeant dans toutes les complexités -et les difficultés- des processus créatifs. Ce pan de l'histoire est l'occasion de réfléchir sur les compromis qu'il est possible d'accepter en tant que créatrice, mais aussi sur les lignes que l'on peut être amenée à (re)tracer. À sa façon, Cimqa offre un récit d'empowerment à travers les destins racontés en parallèle de deux protagonistes, une enfant qui devient adolescente puis jeune adulte, et une femme adulte de 50 ans : sur ce dernier point, j'ai particulièrement apprécié combien l'histoire allait à rebours des représentations/préjugés agistes que l'on peut retrouver dans bien des récits d'apprentissage.
Outre ces thèmes forts, j'ai également été très touchée par l'humanité qui se dégage du récit : l'autrice a une faculté à mettre en scène avec beaucoup de justesse, de prévenance même, des relations où l'empathie, voire la douceur, occupent une place prépondérante.
En résumé, c'est une bien belle découverte que ce roman d'Auriane Velten.
J'avais beaucoup aimé de précédents livres de cette autrice, notamment Le pique-nique des orphelins et Celui qui veille (que j'avais lu en anglais). Ce sont de belles histoires pleines d'imagination mais aussi incarnées dans l'histoire américaine et ses travers, en particulier les conséquences du génocide des peuples amérindiens.
Thalie, 16 ans, vit avec ses parents, Gabriel et Sandrine, dans la Cité de Sainte-Foy au Québec. Nul n’a le …
[4e de couverture] Imaginez que le monde ait un jour le hoquet ; des créatures et des objets commencent à …
Je termine les presque 500 pages du voyage de l'autre côté du miroir proposé par Naomi Klein. Hasard du calendrier, ou peut-être pas, mon voyage littéraire a débuté juste après le 20 janvier 2025, date à laquelle nos amis américains ont traversé le miroir, accentuant par là l'épaisseur de la lecture de l'ouvrage de Naomi Klein.
Elle nous y propose une relecture de la fragmentation politique actuelle, au Canada, son pays, mais aussi aux États-Unis, en Europe, et finalement partout à la surface de la planète. Au-delà de la classique répartition en trois blocs à l'aune de laquelle nous comprenons la politique française aujourd'hui, elle propose deux mondes miroirs qui s'ignorent. Dans le premier, son monde, la terre est ronde, le dérèglement climatique est une réalité d'origine humaine, et la Russie a envahi l'Ukraine. Dans l'autre monde, qui lui fait face, toutes ces réalités peuvent être remises en cause au …
Je termine les presque 500 pages du voyage de l'autre côté du miroir proposé par Naomi Klein. Hasard du calendrier, ou peut-être pas, mon voyage littéraire a débuté juste après le 20 janvier 2025, date à laquelle nos amis américains ont traversé le miroir, accentuant par là l'épaisseur de la lecture de l'ouvrage de Naomi Klein.
Elle nous y propose une relecture de la fragmentation politique actuelle, au Canada, son pays, mais aussi aux États-Unis, en Europe, et finalement partout à la surface de la planète. Au-delà de la classique répartition en trois blocs à l'aune de laquelle nous comprenons la politique française aujourd'hui, elle propose deux mondes miroirs qui s'ignorent. Dans le premier, son monde, la terre est ronde, le dérèglement climatique est une réalité d'origine humaine, et la Russie a envahi l'Ukraine. Dans l'autre monde, qui lui fait face, toutes ces réalités peuvent être remises en cause au service d'un narratif alternatif.
Afin d'atténuer l'ignorance qu'ont ces deux mondes l'un de l'autre, son propos est de relater la plongée qu'elle a effectuée pendant plusieurs mois en trouvant le moyen de franchir le miroir. Il en ressort une analyse politique tout à fait originale qui permet de montrer comment le côté alternatif du miroir se nourrit des petites et grandes faiblesses du côté du miroir que l'on pourrait qualifier de scientifique --- le sien, le mien --- en en construisant un double modifié.
Une lecture épaisse, parfois difficile, parfois glaçante, mais révélatrice. J'ai lu que ce livre était immanquable. Je confirme. Pour une introduction plus longue, France Inter a proposé une interview de l'autrice. J'essaierai également d'en proposer une chronique plus détaillée.
Un consortium libéral-autoritaire, tissé de solidarités d’affaires, de partis conservateurs, nationalistes et libéraux, de médias réactionnaires et d’élites traditionnelles, perd …