Leito a noté Pour une fraction de seconde : 4 étoiles

Pour une fraction de seconde de Guy Delisle
Eadweard Muybridge, pionnier de la photographie, pionnier du cinéma, meurtrier...
Plus je lis, plus je lis, et ce n'est pas ici que je vais me sortir d'affaire.
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61% terminé ! Leito a lu 37 sur 60 livres.
Eadweard Muybridge, pionnier de la photographie, pionnier du cinéma, meurtrier...
Un personnage/narrateur profondément antipathique, au cerveau complètement grillé par la jet-set, les drogues et l'alcool. Et d'autant plus antipathique que ses pensées sont un flot infini de name-dropping et de noms de marques de mode dans lequel il est facile de se noyer, d'autant plus quand on n'a pas la moitié des références, même si c'est très efficace pour illustrer cet univers en vase clos, obsédé par son image, où tout le monde se connaît et où il est essentiel de connaître tout le monde. Tout ça pour dire que ce roman commence quand même par une bonne mixture pas facile à avaler (même les dialogues peuvent épuiser tant personne ne s'écoute, tout se répète, chacun semble parler en parallèle des autres). Mais comme je faisais confiance à l'auteur, j'ai pris mon mal en patience, et je me suis autorisé à lire un peu en diagonale quand les paragraphes n'étaient …
Un personnage/narrateur profondément antipathique, au cerveau complètement grillé par la jet-set, les drogues et l'alcool. Et d'autant plus antipathique que ses pensées sont un flot infini de name-dropping et de noms de marques de mode dans lequel il est facile de se noyer, d'autant plus quand on n'a pas la moitié des références, même si c'est très efficace pour illustrer cet univers en vase clos, obsédé par son image, où tout le monde se connaît et où il est essentiel de connaître tout le monde. Tout ça pour dire que ce roman commence quand même par une bonne mixture pas facile à avaler (même les dialogues peuvent épuiser tant personne ne s'écoute, tout se répète, chacun semble parler en parallèle des autres). Mais comme je faisais confiance à l'auteur, j'ai pris mon mal en patience, et je me suis autorisé à lire un peu en diagonale quand les paragraphes n'étaient que des suites de noms propres. Il y a des petites récurrences discrètes qui interpellent par rapport au personnage : une sensation de froid (qu'il semble être le seul à sentir, en tout cas personne ne relève quand il l'évoque), la présence de confettis en tout lieux, le fait qu'il ne tombe jamais d'accord avec les gens qui lui rappellent l'avoir vu à tel ou tel endroit… On se pose des questions sur sa santé mentale et on questionne ce qu'il vit (ces course-poursuites, est-ce que ce n'est pas juste de la paranoïa ? ce film qu'il serait en train de tourner, est-ce que ce n'est pas juste une manière de toujours se mettre en scène ?). Mais ces occurrences deviennent de plus en plus évidentes au cours de la deuxième partie, dans un bateau vers l'Europe, et les évènements anormaux se multiplient (sans que notre imbécile de personnage semble connecter les fils, ce qui le met dans des situations désastreuses). Le reportage en immersion dans le monde de la célébrité ultra-matérialiste et décadente glisse lentement vers le thriller psychologique (toutes les personnes rencontrées sur le bateau semblent mentir sur leur identité), puis dans la troisième partie vers le thriller gore et ultra-violent, où les descriptions des horreurs dont on est témoin ont la même précision clinique que les scènes de sexe qui jalonnent le récit. Plus ça va, plus on espère comprendre, mais le mystère s'épaissit, il y a des ramifications dans tous les sens, un complot à l'échelle mondiale, il n'y a plus un mais deux tournages avec chacun leur scénario, la vérité s'efface petit à petit, la réalité peut être modifiée, les identités sont multiples et notre narrateur lui-même ne sait plus qui il est… Pas facile de parler de ce livre tant il est cryptique. L'impression d'un trop-plein, d'être balloté dans tous les sens pour ne jamais recevoir les éclaircissements attendus, mais en même temps c'est aussi ça qui en fait une vraie expérience de lecture. (par contre j'ai pas compris pourquoi les chapitres étaient en ordre décroissant)
Un des points forts de ce roman est de s'ouvrir sur sa fin glaçante, qui distille ensuite son horreur tout le long de la lecture sans que Leïla Slimani ait besoin de forcer le trait. Au contraire, elle a une écriture très directe, ne s'encombre pas de formules de style et laisse la psychologie des personnages au lecteur qui parcourt tout le récit en cherchant des raisons au spectacle effroyable du premier chapitre, quitte à tirer des conclusions hâtives. Hyper intéressant la manière dont un couple de classe moyenne se met à avoir des attitudes de grands patrons vis-à-vis de la nounou (qui prend vite un rôle de domestique), et comment la critique sociale peut se glisser dans des petits détails qui révèlent l'hypocrisie des personnages. C'est d'ailleurs cette facette du roman qui m'a intéressé, plus que le côté déséquilibre mental un peu vague qui justifie l'escalade de la violence.
Incroyable roman le temps d'un Paris-Rome en train et les divagations du personnage qui nous mènent dans d'innombrables autres Paris-Rome passés, dans des souvenirs de Paris avec sa femme et ses enfants, dans ceux de Rome avec son amante, puis ceux de la fois où son amante est venue à Paris et ceux où il sont allés à Rome avec sa femme... et enfin (ce qui est le cœur de la Modification) tout au long du trajet, l'anticipation des évènements qui l'attendent à son arrivée à Rome, la projection dans un futur sans cesse en mouvement comme le train qui nous y emmène. Une écriture très plaisante, du réalisme ultra-descriptif et minutieux parsemé de petits joyaux, avec une attention particulière pour les reflets et les ombres qui se voilent et se dévoilent.. Comme une tentative d'épuisement du simple compartiment de train, mais écrite à la deuxième personne du singulier pour …
Incroyable roman le temps d'un Paris-Rome en train et les divagations du personnage qui nous mènent dans d'innombrables autres Paris-Rome passés, dans des souvenirs de Paris avec sa femme et ses enfants, dans ceux de Rome avec son amante, puis ceux de la fois où son amante est venue à Paris et ceux où il sont allés à Rome avec sa femme... et enfin (ce qui est le cœur de la Modification) tout au long du trajet, l'anticipation des évènements qui l'attendent à son arrivée à Rome, la projection dans un futur sans cesse en mouvement comme le train qui nous y emmène. Une écriture très plaisante, du réalisme ultra-descriptif et minutieux parsemé de petits joyaux, avec une attention particulière pour les reflets et les ombres qui se voilent et se dévoilent.. Comme une tentative d'épuisement du simple compartiment de train, mais écrite à la deuxième personne du singulier pour nous lier à ce personnage et faire nôtre sa lâcheté.
Je trouve vraiment l'idée d'impliquer le lecteur en tant que témoin "réel" de la partie en cours (avec une quasi-omniscience qui pose la question de notre réelle identité) très plaisante et mieux exploitée dans ce tome que dans le premier. Choisir un jeu en apparence plus inoffensif, aussi, créé une tension différente et davantage de surprise quand on imagine ou qu'on comprend ce que signifie vraiment jouer à échelle humaine et avec de vrais enjeux (celui du personnage principal est glaçant). On jubile à l'idée de ce que seraient dans ces conditions un Monopoly, un Cluedo ou une bataille navale. En parallèle de l'intrigue principale, et en gardant en tête quelques éléments du premier tome, se dessine une partie encore plus grande et toujours plus mystérieuse qui donne, là encore, très envie de savoir la suite.
D'entrée de jeu la narration nous prend à parti, nous désignant comme des observateurs discrets mais toujours présents des évènements à venir. On ne sait pas exactement qui nous sommes, mais c'est à travers nos yeux qu'on suit l'intrigue, à travers notre regard forcément subjectif qu'on reconnaît tel trait chez un personnage ou chez un autre. L'univers de la Maison de Jeux est très intéressant et intriguant, mais l'autrice décide de ne le dévoiler qu'au compte-goutte, de laisser planer un (épais) voile de mystère qui peut être frustrant (ou inviter à lire les suites). D'autant plus quand, comme moi, c'est beaucoup la construction de l'univers en jeu, son organisation, sa logique et son histoire (son imaginaire, on pourrait dire) qui m'amènent vers ce genre de lectures, davantage même que l'intrigue. L'intrigue de ce premier tome est d'ailleurs assez intéressante, sans pour autant porter de grande surprise (à mon goût), et …
D'entrée de jeu la narration nous prend à parti, nous désignant comme des observateurs discrets mais toujours présents des évènements à venir. On ne sait pas exactement qui nous sommes, mais c'est à travers nos yeux qu'on suit l'intrigue, à travers notre regard forcément subjectif qu'on reconnaît tel trait chez un personnage ou chez un autre. L'univers de la Maison de Jeux est très intéressant et intriguant, mais l'autrice décide de ne le dévoiler qu'au compte-goutte, de laisser planer un (épais) voile de mystère qui peut être frustrant (ou inviter à lire les suites). D'autant plus quand, comme moi, c'est beaucoup la construction de l'univers en jeu, son organisation, sa logique et son histoire (son imaginaire, on pourrait dire) qui m'amènent vers ce genre de lectures, davantage même que l'intrigue. L'intrigue de ce premier tome est d'ailleurs assez intéressante, sans pour autant porter de grande surprise (à mon goût), et tellement efficace dans sa narration qu'elle manque un poil d'atmosphère (alors que dans la Venise du XVIIe il y a matière). Enfin ça aura quand même été suffisant pour que j'enchaîne directement sur le 2e tome avec l'envie d'en savoir plus.
C'est un avis vraiment personnel, mais il y a des choses qui m'ont empêché de rentrer dans ce livre. Déjà, c'est un ersatz de Romain Gary version Ajar, sans jamais taper aussi juste. Écrire des phrases définitives ("la vie c'est..." "la grâce c'est...") mais décalées (un glissement du sens qui révèle autre chose, ce qui est propre à Gary/Ajar), ne suffit pas. Ce n'est pas parce qu'il y a une formule qui interpelle que ça dit quelque chose. Ce n'est pas parce qu'un personnage parle ou pense comme un enfant (ou l'image qu'on s'en fait) que c'est poétique, que c'est "léger" et qu'il y a du "cœur". Ce qui me gêne le plus, peut-être, c'est cette vision de la folie comme un pur état poétique, comme si c'était une simple position non-conformiste, un choix d'artiste face au monde pour le rendre plus beau (tout ça en citant Artaud...). L'autre problème …
C'est un avis vraiment personnel, mais il y a des choses qui m'ont empêché de rentrer dans ce livre. Déjà, c'est un ersatz de Romain Gary version Ajar, sans jamais taper aussi juste. Écrire des phrases définitives ("la vie c'est..." "la grâce c'est...") mais décalées (un glissement du sens qui révèle autre chose, ce qui est propre à Gary/Ajar), ne suffit pas. Ce n'est pas parce qu'il y a une formule qui interpelle que ça dit quelque chose. Ce n'est pas parce qu'un personnage parle ou pense comme un enfant (ou l'image qu'on s'en fait) que c'est poétique, que c'est "léger" et qu'il y a du "cœur". Ce qui me gêne le plus, peut-être, c'est cette vision de la folie comme un pur état poétique, comme si c'était une simple position non-conformiste, un choix d'artiste face au monde pour le rendre plus beau (tout ça en citant Artaud...). L'autre problème (mais qui est peut-être lié à la manière de voir les choses de l'auteur) c'est que tous les personnages sont dénués de moelle, manquent de vérité et ne sont là que pour convoquer une image. Exemple parmi d'autres : les amants de la narratrice sont le loup puis l'ogre, sauf qu'à part le nom ils n'ont rien d'un loup ni d'un ogre (j'imagine bien que l'idée c'est de renverser le conte, on aime les méchants parce qu'ils ont autre chose à dévoiler que la peur qu'ils inspirent, mais j'ai plus senti ça comme une coquetterie anti-conformiste qu'un réel retournement de l'imaginaire du monstre). Je répète que tout cela est très personnel (peut-être que j'étais de mauvais poil quand je l'ai lu) et ça reste un roman au style très recherché avec quelques beaux passages. Une lecture originale mais sans douleur qu'on pourrait proposer à un.e jeune lecteur.rice.
Un petit Queneau qui ne fait pas de mal sans devenir une lecture inoubliable pour autant. À réserver aux fans (dont je suis) ou à ceux qui cherchent une lecture courte sans prise de tête. Toujours avec ses paumés sympathiques dans un Paris mi-XXe siècle bien dans son jus et son langage.
Fauve d'or au Festival d'Angoulême 2025 Luz fait le pari de dessiner tout l'album du point de vue d'un tableau, à travers ses "yeux". Ainsi ce n'est pas l'esthétique de l'œuvre, ou sa critique dans un cadre d'histoire de l'art qui est en jeu. C'est pour raconter ce qui fait la "vie" d'une oeuvre, et comment celle-ci est révélatrice de l'époque qui l'a vue naître. L'album est très intelligent, jamais entravé par ses contraintes de cadre/case fixe et l'immobilité prolongée du narrateur-tableau. Au contraire, c'est dans des moments comme chez le collectionneur juif et tout ce qui se passe par sa fenêtre que se passent le plus de choses et qu'on comprend - sans aucun mot - l'horreur nazie qui se propage dans les rues jusqu'à pénétrer l'intimité des foyers.
Un texte dense et intense, tout en flux de pensée, ce qui peut donner le sentiment de s'y perdre parfois (quand l'attention du personnage divague, ou quand il est sous influence de l'alcool ou proche du delirium comme une bonne moitié du récit), mais d'une manière assez époustouflante, car au milieu de ce torrent on voit émerger quelques récifs auxquels on s'accroche et qui nous donnent petit à petit une vue d'ensemble de ce qui se révèle assez vite être une tragédie où tous courent à leur perte. Malcolm Lowry a une sacrée plume, ce qui permet de profiter pleinement du texte même sans chercher à gratter tout le symbolisme qu'il s'efforce d'y faire entrer.
Récit glaçant à la première personne (et au stylo bic ?) d'une descente aux enfers au sein d'un couple. Comment la narratrice voit s'opérer la transformation de son compagnon en masculiniste néonazi, tout en identifiant - à posteriori - les signes annonciateurs. Comment elle ne parvient pas à se libérer de cette relation en nous annonçant quasiment dès le début du livre à cause de quelle "bombe à retardement" lui a inculqué sa mère. Et comment la maternité peut être une prison. Beaucoup de sujets difficiles traités avec beaucoup de clarté et de sensibilité (presque un condensé, un croisement ou une variation de beaucoup de récits entendus et lus à droite et à gauche), ce qui donne une couleur documentaire à ce livre même s'il est annoncé comme une fiction d'entrée de jeu.
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« J’ai repensé à ces innombrables rapports auxquels je m’étais forcée par politesse, pour ne pas froisser les ego fragiles. …
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"Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein …